Une graine d'espoir Publié le 08 Février 2014

P1080702Dans mon métier j'accompagne des personnes qui sont en fin de vie, des femmes qui perdent un enfant, des hommes qui pensent au suicide... Moi qui suis tellement sensible, je ne me croyais pas capable d' entendre ces histoires, d'imaginer des protocoles pour aider ces personnes. Pourtant, ce n'est pas le plus difficile. Car quand ces femmes et ces hommes viennent me voir, ils sont réceptifs à mes suggestions qu'ils prennent souvent comme une bouée lancée dans l'océan de leurs possibilités.

C'est magnifique d'observer la capacité des être humains à respirer comme si c'était une question de vie ou de mort... Ce n'est d'ailleurs plus une option, il s'agit bien de respirer, d'ouvrir enfin le cadeau qui leur est destiné depuis toujours, la seule façon d' accepter la vie et donc son essence temporelle : vivre au présent. Cet espace qui émerveille naturellement les enfants et qu'il est doux de reconquérir au moment de grandir. Je me rappelle d'un commandant de l'armée de 78 ans qui avait des problèmes cardiaques. Il avait frôlé la mort et cela l'angoissait beaucoup. Or l'angoisse faisait s'emballer son cœur; il avait donc compris qu'il devait apprendre à se détendre. Ses yeux s'écarquillaient quand je lui parlais d'écouter ses émotions, de prendre du plaisir à sentir son corps se relâcher... c'est comme s'il découvrait un nouveau pays avec des coutumes opposées à ses habitudes. Pourtant il s'est entraîné et s'est transformé sous mes yeux. En quelques séances il s'est adoucit et a apprivoisé la sérénité. Ce qui a fait qu'il a pu entendre mes conseils, c'est qu'il n'avait plus le choix, il fallait s'aimer, prendre sincèrement soin de soi ou... mourir.

Ce qui est le plus rageant dans mon métier et je parle de rage car je n'arrive pas à m'y faire, c'est de rencontrer des personnes magnifiques, intelligentes, créatives et généreuses qui sont sur le point de changer, d'éclore comme la plus belle des fleurs et... qui se referment. Ces personnes viennent me voir parce qu'elles fument, parce qu'elles boivent en excès, qu'elles se droguent ou, mutilation plus douce mais tout aussi douloureuse, qu'elles mangent mal. Ces faits sont tous des mécanismes d'autodestruction qui ont en commun le manque d'estime de soi. S'aimer suffisamment pour se faire du bien, aérer ses poumons, nourrir sa vie de bienveillance est difficile quand la personne se perçoit comme ratée. Une fleur qui va mal, a besoin d'eau et de lumière. Imaginez réparer une fleur en mettant dans sa terre 20 cigarettes, de la vodka, et un vomi de cheeseburger. Absurde n'est-ce pas? Les être qui s'affligent cela ne sont pas du tout absurdes, c'est tout simplement qu'ils ne sont pas prêts à se réparer, à s'aimer.

Cela fait partie de mon travail d'accepter cela. Je ne peux pas sauver les gens. D'ailleurs quand mes patients me disent merci pour "tout ce que j'ai fait pour eux", je leur réponds que c'est surtout eux, qui en s'acceptant, en développant l'estime et la protection d'eux-mêmes, se sont offerts le plus beau des présents. Cela peut être très rapide comme cela peut prendre du temps. Je dois l'accepter mais c'est bien cela le plus difficile pour moi : rencontrer des êtres extraordinaires sur le point d'ouvrir leur cœur puis se figer et préférer l'entailler par habitude. Je continue malgré tout de croire que ces personnes, un jour, apprendront à s'aimer et que ce moment de douceur arrivera en partie grâce à une graine d'espoir plantée pendant notre séance.