Témoignage de Nicolas Publié le 28 Août 2015

Je vous partage le joli et émouvant témoignage de Nicolas, que j'ai eu le plaisir d'accompagner pour 3 séances de sophrologie via skype. L'art de la sophrologie est d'aider les autres à prendre conscience de leurs ressources. Je publie le témoignage dans son intégralité, car tout est si bien  écrit, si beau, avec l'accord de Nicolas bien sûr. Cela parle de prise de conscience, d'acceptation et d'estime de soi...Ce récit va raisonner en vous j'espère. 

Chère Delphine,
Le temps a passé. J’ai eu des tendinites aigües à l’épaule gauche (dues à la marche avec des béquilles, au roulements de mon fauteuil roulant, c’est comme des rhumatismes violents). J’ai passé des examens, des IRM, ingurgité des batteries d’anti-inflammatoires, subi pas mal d’immobilité et d’empêchements. Mais pas de désespoir. Il y avait nos séances, ce souvenir et ce refuge, cette respiration et ce temps que j’ai su prendre pour moi, grâce à vous, Delphine. Se connaitre mieux. 
Au fil des méditations (car au fil des semaines, les relaxations se sont muées en cela), j’ai compris un truc tout simple. Enfantin même: je m’étais méprisé. Au sens où je m’étais trompé aussi. Toute ma vie j’ai étais obnubilé par tout ce que je « pourrais » faire « si seulement ». Je voyais les possibilités objectives de mon intellect et je forçais mon corps à s’y plier, à se faire à une norme qui n’étais pas faite pour moi (mais au fond, est-elle faite pour quelqu’un?). Alors j’ai souffert à petit feu. Accumulé des frustrations quotidiennes et du temps perdu à vouloir s’approprier une autre vie que la mienne (celle de tout le monde, celle de personne, celle qu’on voit en une des magazines). 
Et puis d’un coup, le couperet de la douleur et de l’activité minimale est tombé. Je ne pouvais plus trop sortir. Je ne pouvais plus poursuivre des chimères, à tenter de devenir celui que je n’étais pas. C’est formateur de souffrir, parce que dans les répits, on est concentrés et on vit exactement ce qu’on veut, on sait instinctivement ce dont on a besoin pour que la vie soit douce, alors, on le fait, sans filtres, on saisit le présent pendant qu’il est là. C’est l’enseignement que j’ai tiré de nos séances. 
Je ne vous ai pas rappelée, car je sentais que ce travail je devais le faire seul. Que vous m’aviez montré comment atteindre une certaine conscience/confiance en moi. Et qu’il me fallait simplement en suivre la direction. J’ai lu. J’ai lu comme je n’avais pas lu depuis la fac, avec passion, absorbé comme dans une quête spirituelle et intime. Régulièrement je fermais les yeux. Je respirais doucement. Quand le moment était beau, quand les mots étaient émouvants, je les savourais. C’était beau. Simplement beau. Parce que j’étais là, disponible, sans parasites. Réduit et contraint à l’essentiel comme une chanson en version acoustique. Et c’était beau comme une aurore. Comme des retrouvailles avec celui que j’ai toujours été. Mais avec la conviction de « tout ce que je ne pouvais pas », que j’acceptais enfin, que j’assumais. Et j’étais capable de bien d’autres choses que « d’autonomie », ou de « marche », de « force ». Ma force est simplement d’une autre nature.
L’inquiétude n’est plus là. L’inquiétude de « tous les hommes que je ne suis pas », je ne suis que moi. Avec le temps et avec les capacités dont je dispose, je vis avec et plus contre. J’ai la chance de pouvoir m’initier à beaucoup de sagesse, d’en ressentir les bénéfices. Et surtout de me faire une vie à ma portée, qui ne me fasse pas souffrir de mon infirmité… En profiter pendant que la vie est là parce qu’elle peut être merveilleuse et offrir des moments d’exception quand on choisit de les saisir. C’est tout bête. C’est tout con. On connait le « carpe diem » depuis l’antiquité mais je n’avais simplement jamais pris le temps de le comprendre véritablement. 
Ce déclic, je me devais de vous le raconter, parce que vous en avez été un peu l’initiatrice. Ce n’est certes pas de la magie comme vous le disiez hier sur votre facebook. Juste une prise de conscience et de confiance. Accepter nos limites, les tolérer, c’est aussi ressentir notre pouvoir. C’est d’une apparence paradoxale. Mais l’apparence est trompeuse.
Merci infiniment, Delphine, et belle journée,
Nicolas
Nicolas est auteur et blogueur, vous pouvez retrouver sa belle plume ici : www.nicolashouguet.com/