L’homme qui parlait trop Publié le 30 Octobre 2015

Sandro est venu me voir pour «  moins parler ». Son chef lui avait plusieurs fois demandé «  d’apprendre à se taire ». Complètement paniqué, Sandro avait cherché des techniques pour résoudre son problème et avait pensé à l’hypnose, parce que « les conseils de Psychologie Magazine » n’avaient rien donné ».  

L’hypnose n’est pas une technique magique qui supprime le mode « blabla » de votre cerveau. C’est plutôt un état amplifié de conscience dans lequel vous plongez pour vous reconnecter à vous-même, vos ressources, vos émotions et vous permettre alors de vous réguler.

Lors de la séance, j’ai raconté à Sandro mon histoire. Celle de la petite Delphine qui, dès 4 ans, avait toujours son mot à dire. Je voulais faire rire, conseiller, informer. Je me sentais alors « utile ». A 20 ans, je suis arrivée dans le fauteuil d’une thérapeute en lui disant : «  J’ai besoin de techniques pour aider plus les gens ». La psy m’a conseillé d’oublier les techniques, d’intégrer un groupe de thérapie et d’en dire le moins possible pendant les premières séances. Je détestais le groupe. Payer pour écouter et ne pas avoir la possibilité d’exister ! Oui, c’était vraiment ça ce qui se jouait en moi : si je ne parlais pas tout le temps, si je ne disais pas des choses utiles, intéressantes, drôles, je ne servais à rien. C’est l’expérience du groupe, qui m’a fait réaliser que je pouvais vivre sans avoir de rôle en permanence. Juste être là, dans un coin de la pièce, regarder les gens, sourire, être d’accord ou en désaccord, m’ennuyer aussi. J’ai compris que je n’avais rien à faire, ni rien à dire pour être appréciée, juste être. Je me suis libérée de « l’action pour l’action ».

Quand je parle trop, c’est en réalité que je ne m’écoute pas assez. J’ai alors besoin de prendre du temps pour moi. Ce n’est pas un moment d’analyse à base de «  pourquoi ? », juste un temps de disponibilité, comme quand vous vous posez près d’un feu de cheminée pour observer les flammes danser. Durant la séance, Sandro a pu se reconnecter avec l’enfant qu’il avait été, celui qu’on n’avait pas le temps d’écouter. Il a pu apporter à ce petit bout de tendresse beaucoup d’empathie et lui dire «  maintenant, je te prendrai toujours en compte ». J’ai vu Sandro se détendre et sourire.

Quand on apprend à se faire de la place, on n’a plus besoin de s’imposer. On s’exprime avec un cœur tranquille et c’est une si belle mélodie qu’au final, on vous demande naturellement votre avis.